La modestie
Une exposition de Sébastien Hoëltzener
Sébastien Hoëltzener façonne un art à la fois discret et subversif, enraciné dans le geste sculptural et l'attention radicale portée aux lieux. Issu d’une jeunesse itinérante entre Outre-mer et France, il cultive un rapport nomade à l’espace, qu’il habite à travers des dispositifs à la fois précaires et puissamment signifiants.
Depuis 2003, ses pommes de terre plâtrées incarnent un paradoxe fécond : formes modestes, quasi invisibles, mais à la charge symbolique et sculpturale inépuisable. Son travail, qu’il mène souvent en collaboration (Pierre Feller, Fred Guzda…), révèle les sites. Il en extrait la mémoire, les tensions, la fragilité. Des jardins clos aux installations contextuelles, Sébastien Hoëltzener explore l’intervalle entre le visible et l’oublié, entre l’objet et son effacement.
Chaque exposition — même fugace comme La modestie — interroge ce que voir veut dire. Sculptures, textes, matériaux pauvres, volumes instables : tout, œuvre à transformer la perception. Chez lui, la sculpture n’est pas forme figée mais expérience spatiale et mentale en constante réactivation. Il révèle l’ordinaire comme site d’épiphanie. L’œuvre n’existe pleinement que dans l’expérience sensible du spectateur, dans sa disponibilité à être traversé. Ce qui semble humble est en réalité d’une ambition extrême : transformer la manière même d’habiter un espace.
Marie Denis, 2025.








